ÉDITORIAL– Dans la vie d’une nation, certaines nominations ne prennent leur véritable sens qu’à l’épreuve du terrain. Elles se jugent moins à travers les commentaires suscités au moment de leur annonce qu’à travers les résultats, les réformes engagées et la capacité du responsable désigné à transformer une institution.
La nomination de Mme Souadou Baldé à la tête du Patrimoine bâti public, le 29 mai 2025, s’inscrit dans cette logique. Ancienne deuxième vice-gouverneure de la Banque centrale de la République de Guinée et contrôleur financier de profession, elle a été choisie pour conduire une institution stratégique directement liée à la gestion des biens immobiliers de l’État.
Avec le recul, une évidence s’impose : le Président de la République ne s’est pas trompé dans ce choix.
Une mission stratégique, une femme de méthode
À son arrivée, Souadou Baldé n’a pas caché l’ampleur de la mission qui l’attendait. Lors de sa prise de fonctions, elle a placé la transparence, la bonne gouvernance, la modernisation des méthodes de travail et la valorisation du capital humain au cœur de sa feuille de route. Elle a également insisté sur la nécessité d’un inventaire exhaustif du patrimoine bâti public afin d’assainir les données et de mieux protéger les biens de l’État.
Cette vision n’est pas restée au stade des déclarations.
Depuis sa nomination, plusieurs chantiers structurants ont été engagés.
Du recensement à la cartographie du patrimoine national
L’un des actes majeurs de sa gestion est le lancement de la Campagne nationale de recensement du patrimoine bâti de l’État.
Cette opération vise à constituer une base de données exhaustive, fiable et actualisée des biens immobiliers publics. Pour la Direction générale, il ne s’agit pas uniquement de savoir combien de bâtiments possède l’État, mais également de connaître leur situation, leur état, leur utilisation et leur potentiel de valorisation.
Cette démarche constitue une étape fondamentale.
Car comment protéger efficacement un patrimoine dont on ne connaît pas précisément l’étendue ? Comment planifier des investissements sans données fiables ? Comment identifier les biens sous-utilisés ou menacés sans une cartographie claire ?
En mettant la donnée, la traçabilité et la connaissance du patrimoine au centre de son action, Souadou Baldé semble avoir compris que la première richesse d’une administration moderne reste la maîtrise de l’information.
Transformer le patrimoine en levier de développement
Autre orientation forte : la volonté de passer d’une logique de simple conservation à une véritable stratégie de valorisation des actifs de l’État.
La directrice générale défend désormais une approche qui consiste à considérer chaque bien public comme un actif susceptible de contribuer au développement économique et social du pays. Elle met notamment en avant la planification à long terme, l’innovation et les partenariats public-privé.
Cette vision mérite d’être saluée.
Pendant longtemps, le patrimoine public a souvent été perçu comme une charge : bâtiments à entretenir, infrastructures à réhabiliter, terrains à sécuriser. La nouvelle approche consiste plutôt à se demander comment ces actifs peuvent être mieux exploités, mieux entretenus et, lorsque cela est pertinent, générer davantage de valeur pour la collectivité.
Une volonté affichée de moderniser l’institution
La transformation du Patrimoine bâti public en Société anonyme unipersonnelle (SAU), avec l’État comme unique actionnaire, constitue également une étape importante de la réforme institutionnelle. Cette évolution vise notamment à renforcer l’autonomie de gestion, l’efficacité et la transparence dans la gestion du patrimoine immobilier public.
Dans cette nouvelle configuration, Souadou Baldé entend faire évoluer les méthodes de travail et professionnaliser davantage la gestion.
La retraite annuelle organisée en avril 2026 autour du thème « Stratégie, Formation, Cohésion : PBP SAU à l’horizon 2030 » illustre cette volonté de construire une organisation structurée autour d’une feuille de route à moyen terme. Les travaux ont notamment permis de préciser les orientations stratégiques et de consolider une feuille de route partagée.
Ce choix de miser sur les équipes, la formation et la cohésion interne traduit une conviction simple : une réforme durable ne peut être portée par une seule personne ; elle doit être assumée par toute une administration.
La coopération institutionnelle comme méthode
Autre acte à mettre à son crédit : le renforcement des relations de travail avec les autres institutions publiques.
En février 2026, une séance de travail a réuni le Patrimoine bâti public et le ministère de l’Urbanisme, de l’Habitat et de l’Aménagement du Territoire. Les échanges ont porté notamment sur la coopération institutionnelle, la traçabilité des procédures et le recensement du patrimoine bâti public.
Quelques mois plus tard, Souadou Baldé a également pris part aux travaux consacrés à la validation de la Politique foncière nationale et de la Politique foncière agricole, plaçant ainsi son institution dans les réformes structurantes liées à la sécurisation foncière et à la gestion des domaines de l’État.
Ces démarches montrent que le Patrimoine bâti public ne peut plus fonctionner en vase clos.
Une détermination qui mérite d’être encouragée
Au-delà des actes administratifs, c’est aussi une certaine détermination qui ressort des prises de parole de la directrice générale.
Son discours repose régulièrement sur trois exigences : rigueur, transparence et responsabilité.
Elle défend l’idée qu’un bien public mal entretenu ou mal valorisé représente une perte pour l’ensemble de la collectivité. Elle met également l’accent sur la maintenance préventive et corrective, l’utilisation rationnelle des biens publics et la pérennisation des investissements réalisés au nom de la nation.
Cette conception mérite d’être encouragée, car la Guinée a besoin de responsables qui considèrent les biens de l’État non comme de simples bâtiments administratifs, mais comme un patrimoine collectif à protéger pour les générations futures.
Le Président de la République a-t-il fait le bon choix ?
Au regard du parcours de Mme Souadou Baldé, des réformes engagées depuis sa nomination et de la vision qu’elle affiche pour le Patrimoine bâti public, la réponse semble clairement s’orienter vers oui.
Le choix du Chef de l’État apparaît aujourd’hui cohérent avec les exigences de modernisation de cette institution.
Mais défendre son action ne signifie pas lui accorder un blanc-seing. Une responsable publique doit continuer à être évaluée sur ses résultats, la transparence de sa gestion et sa capacité à atteindre les objectifs fixés.
C’est précisément parce que le chantier est vaste qu’il serait pertinent de donner du temps à une dynamique déjà engagée.
Continuer plutôt que recommencer
La Guinée a trop souvent souffert de ruptures administratives qui interrompent des projets avant leur aboutissement. Lorsqu’une équipe commence à maîtriser ses dossiers, à construire une stratégie et à poser les fondations d’une réforme, la continuité peut devenir un véritable avantage.
Le Patrimoine bâti public est aujourd’hui engagé dans un chantier qui dépasse la seule personne de sa directrice générale : il s’agit de connaître, sécuriser, entretenir, moderniser et valoriser les biens de l’État.
Dans cette perspective, l’expérience, la maîtrise des dossiers et la détermination de Souadou Baldé constituent des atouts qu’il convient de préserver et de renforcer.
Le Président de la République pourrait donc avoir fait bien plus qu’une simple nomination : il aurait placé la bonne compétence au bon endroit, au moment où le Patrimoine bâti public avait besoin d’une nouvelle impulsion.
L’avenir permettra de mesurer pleinement les résultats de cette réforme. Mais une chose est certaine : le travail déjà engagé mérite d’être consolidé, évalué et, lorsque les résultats sont au rendez-vous, poursuivi.
Parce que gérer le patrimoine de l’État, c’est gérer une partie de la richesse de la Nation. Et cette richesse mérite compétence, rigueur, transparence et continuité.
Par Marif Youla (+224) 622376060
